LES MIGRANTS : QUEL ACCUEIL ?
Témoignage d’Olga et Vaagn MKHITARYAN (Réfugiés politiques)
Appel au Débat
Parmi la catégorie générale des migrants, on dénombre les réfugiés qui
sont des personnes forcées de quitter leur pays à cause d’une crise
politique majeure : guerre, violences ethniques. Ils sont d’abord
demandeurs d’asile, le temps que leur situation soit étudiée. Ce statut
leur permet de rester légalement sur le territoire français et de
bénéficier d’un minimum de prestations comme l’allocation temporaire
d’attente (6 euros par jour, pour une personne) et la couverture
maladie universelle. S’ils correspondent aux critères de la Convention
de Genève de 1951 sur les réfugiés, ils obtiennent alors le statut de
réfugié.
Comment les réfugiés fuient leur pays sans visa ?
Vers quel pays ? Choix ou hasard ?
Comment vivent-ils ces étapes ? Angoisse ? Peur ?
Comment se loger ? Se nourrir ? Communiquer ?
Quelles démarches pour avoir des papiers ?
Quel avenir ? Quel accueil ?
A partir du témoignage d’un couple de réfugiés, nous vous invitons à
partager une réflexion sur la vie dans sa complexité et son immense
richesse.
Des actions sont-elles possibles pour favoriser un monde plus
juste et plus humain?
Le débat
C R du
Témoignage :
LES MIGRANTS : QUEL ACCUEIL ?
Compte rendu de la réunion du mardi 15 décembre 2015
Environ 55 - 60 participants
Témoignage d’Olga et Vaagn MKHITARYAN
:
Originaires du Kazakhstan, ils sont arrivés en France, avec leurs
deux enfants (des jumeaux de 11 ans à l’époque), en août 2012. Ils
n’ont pas choisi la France : ce sont les péripéties d’un voyage très
difficile qui les ont amenés dans notre ville : ils étaient contraints
de fuir leur pays. Ils ont fait le voyage d’abord en voiture puis en
camion depuis leur pays et sont entrés en France sans visas. Au début,
ils ont été très aidés par Sœur Myriam. Ils espéraient avoir un statut
de demandeurs d’asile car ils ne pouvaient pas rester dans leur pays où
ils étaient persécutés, ce qu’ils n’ont pas obtenu.
Actuellement ils ont une carte de séjour d’un an renouvelable. Au bout
de cinq années en France, ils espèrent obtenir une carte de séjour de
dix ans. Ils ont trouvé du travail et leurs enfants sont élèves
(brillants) au collège Joffre. Vaagn a très vite compris qu’ils
devaient maîtriser notre langue s’ils voulaient rester en France : ils
avaient 5 h de français par semaine dans 4 associations différentes et
leurs progrès ont été rapides. Olga a dû faire une psychothérapie.
Du temps de l’URSS, le Kazakhstan était une fédération de quinze
républiques. Les parents de Vaagn étaient des commerçants arméniens qui
y avaient émigré mais Vaagn considère le Kazakhstan comme son
pays car il y a grandi et il l’aime : c’est un très beau pays
avec des steppes, des montagnes, des forêts. Mais avec l’effondrement
de l’URSS les choses ont changé : les chrétiens ont été persécutés (V.
est chrétien) et ont eu de très graves problèmes avec la police au
service d’un gouvernement fanatique. Il était restaurateur. Ils ont été
attaqués, obligés de se cacher et ont abandonné leur maison et
contraints de fuir en voiture avec l’aide d’un voisin. En Russie
quelqu’un leur propose, contre argent, de les convoyer vers l’Europe
dans son camion : une cache de 3 mètres sur deux (pour quatre
personnes), ventilée mais sans lumière. Ils disposaient d’un téléphone
portable pour communiquer avec le chauffeur. Le voyage a duré trois
jours et ils ont été « largués » sur l’autoroute avec, pour toute
explication, « Bon courage » : ils ont cru que c’était le nom de notre
ville ! Ils ne parlaient pas le français, Olga parle l’anglais mais les
montpelliérains, apparemment, ne pratiquent pas cette langue. Ils sont
restés dans la rue car il n’y avait pas d’hébergement disponible ni à
la Croix Rouge ni à la Halte Solidarité. Pendant un week end ils ont eu
un studio à leur disposition mais deux jours sont vite passés et ils
sont retournés sur l’Esplanade avec les rats, les consommateurs de
drogues et des bandits avec des couteaux et les nuits sont froides même
fin août…. Ils ont été accueillis à l’Office français de l’immigration
(OFI) puis pris en charge par le CADA (Centre d’accueil des demandeurs
d’asile). Ils ont pu être logés à l’hôtel pendant six mois puis un
appartement leur a été provisoirement attribué par la Croix Rouge en
colocation qui a été très difficile. Ils sont actuellement seuls dans
un appartement en ville. Sœur Myriam, religieuse assomptionniste, a été
leur professeur de français.
Pourquoi avoir choisi Montpellier ? :
VM : nous n’avons pas choisi, c’était l’itinéraire du camion, nous
avons eu beaucoup de chance et je remercie le Seigneur tous les jours.
Les démarches pour obtenir le statut
de réfugié politique sont-elles faites à Montpellier ou à Paris ?
Olga : pour les demandes d’asile, tout se fait à Paris. Nous avons
d’abord eu une réponse négative, nous avons, alors, eu recours à un
avocat mais le juge ne nous a pas donné notre chance : de nouveau, une
réponse négative. La troisième demande a été faite à Montpellier auprès
du préfet : nous avons obtenu une carte de séjour d’un an mais pas le
statut de réfugié politique.
Remarque : vous êtes d’origine
arménienne : Oui, mes parents, chrétiens arméniens vivaient en
Syrie d’où ils avaient émigré au Kazakhstan. On s’intègre dans un
nouveau pays mais on garde son identité profonde.
Actuellement nous avons un statut de « protection subsidiaire » en
France qui nous donne droit à une carte de séjour d’un an renouvelable.
Connaissez-vous des Kazakhs à
Montpellier ? : Non
Il suffit d’une personne active (dans leur cas Sœur Myriam) pour que
les gens puissent être intégrés : importance de l’accueil et de
l’orientation vers les structures compétentes.
Intervention
de Jean Landier :
Prêtre catholique du diocèse de Montpellier, originaire de
Saussan, il est le responsable diocésain de la Pastorale des
Migrants. C’est un service d’Eglise qui essaye de rejoindre les
migrants dans toutes leurs dimensions. Il travaille en lien avec les
Conférences de Saint Vincent de Paul, le CCFD (Comité catholique contre
la faim et pour le développement), l’ACAT (Action des chrétiens contre
la torture) Amnesty International. Il essaye de rejoindre les
personnes migrantes avec leur point de vue et de leur permettre de
découvrir les réalités de chez nous. Les convictions personnelles des
migrants sont souvent liées à l’histoire. On doit respecter leurs
racines (autant que faire se peut, on célèbre des messes dans leur
langue d’origine). Ce service fait sienne la maxime du Petit Prince : «
Je suis responsable de qui j’apprivoise »…
Les migrants sont accueillis quel que soit leur statut : clandestins,
demandeurs d’asile, réfugiés politiques, déboutés dans les centres de
rétention.
La France est-elle un pays sûr ? : ce n’est l’avis ni de l’ACAT
ni Amnesty International.
Le Pape François nous encourage à rencontrer tout migrant mais
actuellement les réactions sont très dures parmi de nombreux français :
qui se cache parmi les migrants ?
Nous sommes tous concernés et il faut faire comprendre à nos « réseaux
» que chaque migrant a une histoire douloureuse. Et si l’on considère
quelqu’un comme un terroriste potentiel, c’est la meilleure manière
pour qu’il le devienne. Les mouvements d’action catholique doivent
œuvrer pour que les migrants ne soient pas considérés de statut
inférieur .Ne pas opposer les migrants et les précaires.
A Sète, pour avoir un appartement en HLM il faut un délai de deux ans.
Si l’on dit que les migrants ont priorité, cela provoque des réactions
hostiles. Mais tout ce qui est vrai doit être dit, et il faut dépasser
les premières réactions.
L’accueil des migrants passe par l’étude des problèmes sociaux qui se
posent.
Pourquoi l’Islam s’est-il radicalisé ? On peut se référer à la vision
des orthodoxes : L’Occident s’est sécularisé au maximum de génération
en génération pour aboutir à un athéisme matérialiste. Et cet Occident
fait peur aux chrétiens de Moscou ou d’Afrique. Le sentiment religieux
va se cristalliser en violence.
Comment
lier l’accueil des migrants avec une vie spirituelle ? Témoignage de
WELCOME Madeleine DELCROIX :
Nous essayons de donner une petite réponse, mais il est difficile de
l’expliquer.
Le Père Pedro ARRUPE, jésuite basque espagnol, qui travaillait en Asie
depuis 1980, ému par le sort des boat people fonde le Service Jésuite
des Refugiés (JRS)
En 2006 une antenne de JRS voit le jour en Ile de France pour
accompagner, servir et défendre des personnes déplacées contre leur
volonté. C’est en 2009 que Welcome en France prend son essor. Quand un
demandeur d’asile ne peut être accueilli dans un CADA, on a pensé à
créer un réseau prenant en charge une personne seule pendant
quatre à six semaines, passant ensuite dans une autre famille, familles
en lien entre elles, avec un tuteur qui suit l’accueilli dans son
parcours. L’avantage de cette solution est que ce n’est pas lourd pour
les accueillants et que les accueillis connaissent plusieurs familles.
Cet accueil dure jusqu’à l’admission dans un hébergement du CADA.
Les réalisations sont modestes : 450 en France environ. (entre 2010 et
2014, 445 personnes ont été accueillies en France dont 25 femmes)
Les réseaux sont de taille modeste, comparables à une marguerite avec
un coordinateur au cœur de la marguerite et des pétales autour, réseaux
de familles accueillantes (4 à 6 minimum) avec un animateur et un
tuteur.
Comment accueillir un migrant avec Welcome : avoir une chambre
disponible et un accès à la salle de bains. On sert le petit déjeuner.
On s’engage à tisser des relations d’amitié avec l’accueilli. Il doit
se rendre à Montpellier tous les jours. Il touche 11 € par jour,
bénéficie de la CMU, il est assuré, ainsi que la famille qui l’héberge
par JRS.
Pourquoi le Pétale de Castelnau ne se
regroupe-t-il pas avec Montpellier ?
Pour que le pétale ne soit pas trop étendu géographiquement et que les
familles concernées puissent se retrouver et s’aider pour entourer
l’accueilli.
Une famille peut accueillir une ou deux fois par an (4 à 6 semaines) ou
avoir un engagement ponctuel dans le réseau.
Mais il ne faut pas que l’argent soit un problème et il n’y a pas de
commerce d’argent entre l’accueilli et sa famille d’accueil.
Vous parlez d’accueillir une personne
mais que faites-vous des couple et des familles ?
Welcome a fait ce choix au départ, les bénévoles de JRS ayant remarqué
que les migrants isolés (dont 25%de femmes) avaient le plus de
difficultés à trouver un hébergement et restaient longtemps dans la rue.
Quels sont vos rapports avec les
services sociaux officiels ?
Ce sont les services officiels de la préfecture qui envoient les
réfugiés à Welcome.
Nous travaillons aussi avec Issue-gammes et la Cimade. (Service
œcuménique d’entraide)
Intervention d’un membre de la Cimade :
Des islamistes pourraient se glisser parmi les
migrants, mais comparez leur nombre (5 à 7 personnes) à celui des 65000
demandeurs d’asile…
Importance de la religion pour l’accueil : des
personnes sont persécutées en raison de leur religion. Les textes
officiels reconnaissent les chrétiens (orthodoxes, protestants,
anglicans, catholiques) les musulmans (sunnites, chiites) La Cimade les
aide à faire leur dossier. OFPRA considère que l’on peut être persécuté
en fonction de sa religion et elle peut accorder le droit d’asile.
Jean Landier : on ne sait pas si des islamistes se faufilent parmi les
migrants mais cette idée est dans la tête de multitudes de gens. Les
paroles que nous pourrons dire seront reçues avec cet a priori là.
Comment dépasser ce dilemme ? Rien ne vaut la rencontre : nous pouvons
dire beaucoup de paroles mais dès qu’elles recouvrent un visage, le ton
change.
SL : nous sommes en train de monter un Pétale Welcome pour Montpellier
Est
Le Secours Catholique demande des bénévoles.
Y-a-t-il beaucoup de migrants qui sont
arrivés dans notre région ?
Il y a les réfugiés « traditionnels » qu’il ne faut pas oublier. En
France on a parlé de 60000 réfugiés mais on n’en a accueilli que 20000.
En janvier dans l’Hérault 50 migrants dont 27 au Lazaret de Sète qui
ont entre 14 et 29 ans.
En France, nous sommes mal organisés pour les migrants tant
l’administration que les associations. Les Allemands ont agi très
différemment.
Mais on n’arrive pas seuls par exemple l’association Free Syria est
active
FreeSyria Montpellier : 25 rue du Bosquet 34790 GRABELS
freesyriamontpellier@gmail.com
http://freesyria-montpellier.blogspot.fr
En fin de rencontre on nous signale une réunion qui a eu lieu le 17
décembre sur l’état d’urgence qui inquiète un certain nombre
d’associations.
JJ clôt la soirée en disant qu’un café débat peut paraître dérisoire en
regard du problème des migrants mais nous sommes adeptes des «
petitement possibles » qui, en s’additionnant contribuent à changer les
mentalités.
Vaagn et Olga insistent sur les associations qui prodiguent des cours
de français (Croix Rouge, Restos du cœur, UFCS, Cimade….). Et il ne
faut pas hésiter à parler français aux migrants que nous rencontrons et
corriger leurs fautes, ce qui est pour eux très important. JJ les
remercie chaleureusement d’avoir eu le courage de témoigner.
Enfin les associations sont en demande d’hébergements : appartements,
gîtes…
Le débat continue :
Ethernaute : Vos reflexions nous
intéressent. Envoyez un
courriel à l'adresse suivante : aucafedelavie@free.fr.
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